Le sanctuaire de Yasukuni (靖国神社 yasukuni jinja ou le temple du pays apaisé, ancienne graphie : 靖國神社) est un sanctuaire shintō situé à Chiyoda-ku, Tōkyō, au Japon. Il fut construit en 1869 pour rendre hommage aux Japonais « ayant donné leur vie pour le Japon ». Les âmes de millions de soldats japonais morts depuis 1868 y sont déifiées. Considéré comme l'un des symboles du passé colonialiste du Japon et des nationalistes, il est célèbre pour faire l'objet de polémiques en Asie (Chine, Corée du Sud et au Japon même) suite aux visites d'hommes politiques japonais.
Le sanctuaire gère également un musée, le Yūshūkan (遊就館), lequel présente des objets historiques et des panneaux explicatifs retraçant l'histoire militaire du Japon. Le ton y est critiqué comme étant nationaliste et tendancieusement révisionniste, le Massacre de Nankin y est minimisé, et l'expansion japonaise en Asie et dans le Pacifique est présentée comme une volonté de constitution d'une zone de prospérité asiatique contre l'impérialisme occidental. On y glorifie également les escadrons Tokkōtai.
Histoire
Le sanctuaire, qui s'appelait à l'origine Tōkyō Shōkonsha (東京招魂社) a été construit en 1869 pour célébrer les mémoires des morts de la guerre civile de Boshin. À ce moment s'y trouvaient seulement 3 500 victimes de cette guerre. On y ajoutera plus tard des personnes mortes lors de conflits internes comme les heurts avec les clans de Satsuma et de Saga, à partir de 1853, date d'arrivée des vaisseaux noirs de Perry au Japon. En 1879, le sanctuaire prend le nom de sanctuaire de Yasukuni.
Après la Seconde Guerre mondiale, le sanctuaire est devenu association religieuse déclarée par la séparation de l'État et de la religion. C'est un sanctuaire indépendant qui ne fait pas partie de l'association des sanctuaires shintō du Japon.
Aujourd'hui, Yasukuni vénère les âmes de 2 466 532 morts pour leur pays lors de conflits militaires, y compris certains Taïwanais ou Coréens qui avaient la nationalité japonaise au moment de leur mort suite à l'annexion par le Japon de ces pays. Ces morts concernent principalement la Seconde Guerre mondiale (2 133 915 personnes), puis la guerre russo-japonaise (191 250 personnes). Il s'agit essentiellement de militaires, mais on y trouve aussi des civils ou même des enfants ainsi que 57 000 femmes.
Le sanctuaire, que beaucoup accusent de glorifier ouvertement l'ère colonialiste du Japon notamment par le biais de son musée, a beaucoup fait parler de lui par l'ajout en octobre 1978 à la liste des personnes « déifiées », de plusieurs condamnés lors des procès de Tōkyō, notamment des criminels de guerre de classe A, en tant que « martyrs de Shōwa », dont le chef de l'armée Hideki Tōjō (東条英機) ou l'ancien premier ministre Kōki Hirota (廣田弘毅). Parmi ces quatorze condamnés, sept ont d'ailleurs été condamnés à mort et exécutés. Le temple, jusqu'alors un lieu assez neutre, deviendra controversé à partir des annees 70, suite à ces ajouts, qui étaient la décision de Nagayoshi Matsudaira, responsable du temple et fils de Yoshitami Matsudaira, ministre de la Maison impériale après la guerre.
Fait moins connu, il y a aussi un certain nombre de civils, par exemple les jeunes filles d'Okinawa connues sous le nom d'escadron Himeyuri, qui furent enrôlées comme infirmières et envoyées au front pendant la bataille d'Okinawa en 1945. Il y a également les 1 500 victimes du torpillage du navire Tsushima-maru en 1944 par un sous-marin américain, ou encore des écoliers morts lors d'attaques alors qu'ils participaient à l'effort de guerre en travaillant dans des usines. Des personnages historiques comme Sakamoto Ryōma, Yoshida Shōin ou Takasugi Shinsaku s'y trouvent également.
La décision d'honorer l'âme d'un mort à Yasukuni est prise par les responsables du sanctuaire, sans consultation ni autorisation préalable de la famille.
Wikipedia